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Semiotica

Journal of the International Association for Semiotic Studies / Revue de l'Association Internationale de Sémiotique

Editor-in-Chief: Danesi, Marcel

6 Issues per year


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ISSN
1613-3692
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Volume 2017, Issue 214 (Jan 2017)

Issues

Introduction

Stéphanie Walsh Matthews
Published Online: 2017-01-05 | DOI: https://doi.org/10.1515/sem-2016-0222

Pour le monde de la sémiotique, 2017 est une année marquante: Greimas aurait eu 100 ans. Elle invite fatalement à une rétrospective, pour évaluer sur pièce, ce que nous en avons élaboré, en somme notre faire; et elle convie à plusieurs défis, pour questionner ce que nous sommes, en tant que sémioticiens et ce que nous sommes à même de produire, pour quoi faire ? En nous penchant de manière plus réfléchie sur l’œuvre et la contribution d’Algirdas Julien Greimas, il s’agit d’établir, de reconnaître, et peut-être surtout de conforter le sort dédié à la sémiotique, en tant que discipline, en tant que méthode et en tant que théorie. C’est l’objet de ce premier des deux numéros commémorant le travail de Greimas: d’une part, il s’agit d’esquisser quelques réponses à cette question première, presque jamais abordée: « qui a été profondément Algirdas Julien Greimas, dans ses engagements, dans ses correspondances, dans ses questionnements, en somme dans sa biographie ? »; d’autre part, il s’agit de tabler sur ce que lui doit la sémiotique, dans ses déploiements, dans ses applications, peut-être aussi dans ses reniements.

La revue Semiotica a accueilli l’idée de rassembler sous deux numéros spéciaux les contributions de sémioticiens et chercheurs en sémiotique contemporains, pour parvenir de la sorte à une représentation complète de l’efficience et de la continuité des théories, pratiques et exercices d’application de notre grand maître à tous, Greimas.

Bien entendu, il y a eu les révélations de la mythologie lithuanienne, mais de toute évidence, s’il fallait deviner une préhistoire à la sémiotique greimassienne, celle-ci provient de ses interrogations premières sur l’idée de la langue, sa sémantique, sa structure, ses interactions, ses imaginaires, etc. Il en ressort toute l’immensité de son œuvre. C’est un des engagements forts de ce numéro: donner un accès tout particulier à la vie et à l’immensité de la carrière de Greimas. C’est d’entrée un parti que prend Thomas Broden, à travers sa chronologie détaillée et commentée, qui ressort de multiples intersections. Nous retrouvons ici un premier Greimas qui éclot, collabore et surtout professe.

La quête se poursuit au gré de la plume. Entre cours, correspondances et divers autres propos, se dessine un deuxième Greimas, dans ses échanges, ses complicités, avec ses étudiants et ses collègues. Les nombreux inédits, consignés, rédigés et rassemblés donnent accès à une position privilégiée: celle de l’étudiant de Greimas, qui l’écoute et le raconte à la première personne. Une deuxième chronologie s’esquisse donc.

Les inédits s’ouvrent sur la conférence de 1964, « Réflexions sur les possibilités d’une description de l’histoire de la linguistique », un texte découvert par Thomas Broden, où Greimas se donne pour ambition de réfléchir sur la part épistémologique de l’histoire de la linguistique. C’est en effet le texte à partir duquel il élabore son projet pour une sémantique structurale; il se forge la conviction qu’une révolution linguistique sera à même d’élever la sémiotique au rang de la science.

Dans la même perspective, « Les Universaux de la narrativité », texte édité par Paul Perron, convoque un cours donné en 1984 à Victoria College, à l’Université de Toronto, où Greimas formule son exigence pour une sémiotique qui privilégie d’abord son effort empirique plutôt que de se soumettre à un amorphisme épistémologique.

Et il y a l’intimité. Marina Maria Cesar souligne l’universalité du sens dans sa présentation intitulée “Le sens et la musique”. Elle reprend ici des propos recueillis en 1986 par Marcello Castellana, observateur de Greimas, où on le découvre amateur et sémioticien de la musique. Dans « De la sémiologie à la sémiotique », Broden présente une série de lettres jamais partagées auparavant, qui dévoilent une autre intimité, à travers 25 ans d’échanges et de camaraderies. La finesse de Greimas se révèle ainsi, celle d’un maître sémioticien, regardant, disponible. De même, Michel Arrivé nous révèle et commente onze lettres que Greimas lui a adressées entre 1964 et 1987 et qui jettent de la lumière sur sa sémantique et sa sémiotique, mais aussi sur les dynamiques intersubjectives du collègue et du directeur de thèse.

Viennent ensuite les articles de Jacques Fontanille, François Provenzano, Nedret Öztokat, Kęstutis Nastopka, Driss Ablali, Ronald Schleifer et François Rastier, qui révèlent un Greimas aux multiples facettes. Nous découvrons le Greimas visionnaire (Fontanille, Provenzano) qui, dès l’origine, a choisi de définir la sémiotique comme un projet à long terme. Fontanille démontre qu’elle est une discipline inscrite au sein d’un projet scientifique qui exige une continuité et appelle à des incursions dans d’autres champs. Un de ces domaines est celui de la politique: c’est ce que révèle Provenzano à travers une lecture de deux textes de Greimas séparés de plus de vingt-cinq ans d’écart.

Nedret Öztokat nous parle du « Professeur invité à l’Université de Turquie », qui partage son savoir, bien évidemment au fil du temps, mais également en plusieurs lieux. Ce récit du maître en Turquie (1958-1962) nous fait découvrir le Greimas voyageur et citoyen du monde, mais surtout nous révèle le chercheur en nous faisant revivre ces années déterminantes où il a commencé à élaborer sa sémantique structurale et a assuré son premier cours sur le sujet.

Mais néanmoins Greimas reste toujours épris de la Lituanie, tenu par l’envergure mythologique de son pays natal, c’est le fond argumentatif de « Les recherches de Greimas sur la mythologie lithuanienne » proposées par Kęstutis Nastopka. Élaborés de manière continue au cours de trois décennies, ces travaux restent trop peu connus à ce jour. C’est ce que révèle aussi le projet colossal que représente Sémantique structurale, à écouter Driss Ablali, un projet qui s’en est conclu presqu’à un simple début de requête. Son article, « La ‘sémantique de corpus’, le programme inachevé de Sémantique structurale”, nous incite à une relecture en prisant le corpus comme point d’entrée critique. Du littéraire au mythologique, de la sémantique au corpus, Greimas explique le rapport et le relationnel comme étant central à la figuration du sens. Enfin « The Semiotics of sensation » de Ronald Schleifer, reprend les préceptes de base de la sémiotique greimassienne pour ensuite dévoiler la part neurobiologique de cette expérience.

En somme un projet guère clos, comme le formulent en effet Ablali, Schleifer, Provenzano et Fontanille. François Rastier prend ainsi la parole, dans un entretien avec moi, pour resituer les contours de cette ouverture et assurer que la discussion ne peut être que cultivée.

Le numéro s’achève en révélant quelques audaces “post-greimassiennes”. Ici, les auteurs surveillent et questionnent les assises théoriques de la sémiotique en les plaçant sous un prisme contemporain ou alors en les actionnant dans de nouveaux contextes.

« Langage et jeu d’échecs » de Dominique Ducard, analyse l’analogie du jeu d’échec qui recoupe les propos de Wittgenstein, Saussure, Hjelmslev et Greimas et démontre que la quête inquiète n’a rien de ludique. De même, Thomas Pavel dans « Human Action in Narrative Grammars » met en lumière le rôle singulier et posé de la théorie narrative greimassienne, ainsi que son pouvoir révélateur. De plus, les textes mythiques et littéraires nous allèguent une vision du monde par le biais d’une méthode rigoureuse comme le démontre justement Pierre Swiggers dans « Décrire la vision du monde: l’enjeu anthropologique de la Sémantique structurale ». « Actualité de la rhétorique: métaphore et image » de Claude Zilberberg nous expose les vues d’Aristote, Du Marsais, Fontanier, Ricoeur et Breton sur ces figures, puis reprend ces données pour analyser les deux procédés à la lumière de sa sémiotique tensive, ce qui nous vaut une illustration limpide de l’approche.

Les articles qui suivent opinent de façon unique sur l’usage particulier de la théorie greimassienne. Nous trouvons ainsi mysticisme, nirvana, corporalité et société. Dans « De l’imperfection: un dialogue avec l’univers mythique » le mystique persan est analysé selon les préceptes greimassiens et dans « Greimas Embodied: how kinaesthetic opposition grounds the semiotic square » le carré sémiotique est constitué dans le corporel et trace son point d’origine. Avec le « Sens de l’échange », Eleni Mitropoulou nous engage dans une lecture du visible et du visuel caractérisant la position greimassienne vis-à-vis du discours social et des médias. Et, séduit de l’analyse d’actionnement, « The Semiotics of Nirvana » de Louis Hébert, prévoit l’intégration du schéma narratif canonique dans le bouddhisme et soutient l’universalité des théories greimassiennes.

D’ordre sociologique, les articles de Manar Hammad, « La Succession » et « Les études de société selon la perspective de la sémiotique greimassienne » de Diana Luz Pessoa de Barros, illustrent que les analyses greimassiennes sont aptes à doctement étudier les échanges sociaux tels que l’hérédité et la succession (dans Hammad) et la classe, le sens et l’identité (dans de Barros). Celui d’Anne Beyaert-Geslin, « La factivité, postérité d’un concept », commente habilement le faire-faire greimassien et l’influence qu’a eue la factivité sur l’analyse des interactions pour ensuite passer extra-muros du quotidien.

Pour clore ce premier de deux numéros spéciaux sur Algirdas Greimas, Thomas Broden nous offre une bibliographie sélective des travaux du chercheur. Parsemée de titres jusque maintenant inconnus ou peu connus, cette liste vise à recenser l’intégralité de ses publications scientifiques en français et en anglais, les deux langues de Semiotica, de plus que toutes ses monographies parues en d’autres langues et un échantillon important de ses nombreux textes en lituanien, y compris onze livres.

Humbles devant l’œuvre greimassienne, nous remercions les auteurs et contributeurs qui ont enrichi par leur savoir et leurs expériences ce premier numéro. Surtout, nous tenons à remercier Teresa Keane-Greimas qui nous a généreusement aidés à l’enchérir. Bonne lecture.

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Published Online: 2017-01-05

Published in Print: 2017-01-01


Citation Information: Semiotica, ISSN (Online) 1613-3692, ISSN (Print) 0037-1998, DOI: https://doi.org/10.1515/sem-2016-0222.

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